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Aménager un open space sans bruit ni surdensité : surface, circulation et zones à prévoir

Éléonore Saint-Clair 9 min de lecture

Aménager un open space ne consiste pas à aligner des bureaux sur un plateau ouvert. Un bon projet doit permettre aux équipes de circuler facilement, de se concentrer, d’échanger sans gêner les autres et de travailler dans un environnement lumineux, respirable et suffisamment confidentiel. La réussite se joue donc avant l’achat du mobilier : elle dépend d’abord des usages, de la densité, de l’acoustique et des zones complémentaires prévues autour des postes.

Commencer par les usages avant de dessiner le plan

Le premier réflexe est de mesurer la pièce. C’est indispensable, mais insuffisant. Deux open spaces de même surface peuvent donner des résultats très différents selon les métiers présents, la fréquence des appels, le niveau de confidentialité attendu ou la part de télétravail. Avant de placer les bureaux, il faut donc cartographier les activités : travail concentré, échanges rapides, réunions, visios, accueil de visiteurs, rangement, pauses.

Répartir les équipes par pôles cohérents

Un plateau ouvert fonctionne mieux lorsque les collaborateurs qui interagissent souvent sont regroupés. Un service commercial très téléphonique ne doit pas être installé au milieu d’une équipe comptable qui a besoin de concentration. De même, les fonctions managériales ou RH doivent disposer d’une solution de repli pour les échanges sensibles : bureau fermé, salle confidentielle ou phone box.

Cette logique par pôles limite les déplacements inutiles et les interruptions. Elle permet aussi de créer des sous-ambiances dans un même espace : une zone dynamique près des espaces collaboratifs, une zone plus calme en retrait, un point d’accueil proche de l’entrée, des rangements accessibles sans traverser tout le plateau.

Penser les flux comme un outil de confort

Les circulations ne sont pas des surfaces perdues. Elles protègent les postes du passage permanent, rendent les casiers accessibles, facilitent l’évacuation et évitent l’effet couloir. Un minimum de 80 cm de distance est souvent évoqué pour permettre une circulation correcte, mais il faut élargir dès que le passage devient fréquent ou qu’il dessert une imprimante, une salle de réunion ou un espace détente.

Un open space mal pensé crée une suite d’interruptions. Un collaborateur se lève pour passer un appel, contourne un bench trop serré, oblige un collègue à reculer sa chaise, puis revient en traversant le champ visuel de plusieurs postes. Ce type de mouvement paraît minime, mais répété toute la journée, il désorganise l’espace. Prévoir des cheminements lisibles, des points de service en périphérie et des zones de retrait évite cette situation.

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Dimensionner la surface, la lumière et les postes de travail

La densité est l’un des arbitrages les plus sensibles. Trop de postes réduisent le coût apparent au mètre carré, mais augmentent le bruit, les tensions d’usage et l’inconfort. À l’inverse, un plateau trop peu structuré peut sembler vide et peu fonctionnel. L’objectif est de trouver un équilibre entre capacité d’accueil, confort et évolutivité.

Les repères de surface à connaître

La norme NF X 35-102 est utilisée comme repère de confort pour évaluer les surfaces de travail. Elle ne remplace pas l’analyse du terrain, mais donne une base utile pour éviter la surdensité.

Configuration Surface indicative Point de vigilance
Bureau individuel Environ 10 m² par poste Prévoir l’accueil ponctuel d’un visiteur ou d’un collaborateur
Open space ou bureau collectif Environ 11 m² par personne Intégrer les circulations, rangements et zones partagées
Espace collectif bruyant Environ 15 m² par personne Renforcer l’acoustique et éloigner les activités téléphoniques

Ces ordres de grandeur doivent être ajustés selon la taille des écrans, les besoins de confidentialité, la présence de postes partagés et le volume de mobilier. Dans un environnement hybride, il peut être préférable de prévoir moins de postes fixes, mais davantage d’espaces alternatifs : bulles d’appel, tables projet, zones informelles et casiers individuels.

Positionner les bureaux par rapport à la lumière

La lumière naturelle améliore le confort visuel, à condition de maîtriser les reflets et les contre-jours. Les benchs gagnent souvent à être placés près des façades lumineuses, mais les écrans ne doivent pas être orientés face à une baie vitrée non protégée. Stores, films, luminaires adaptés et orientation des postes sont donc à traiter ensemble.

Pour l’éclairage artificiel, des niveaux de 300 à 500 lux sont couramment recherchés pour les postes de travail, tandis que 120 lux peut être évoqué pour certains espaces de circulation. L’enjeu ne se limite pas à la quantité de lumière : il faut aussi éviter les contrastes trop forts entre écran, plafond, mur et plan de travail.

Choisir une implantation et un mobilier vraiment adaptés

Le mobilier structure l’open space autant qu’il l’équipe. Des bureaux trop imposants figent l’espace ; des postes trop légers donnent une impression précaire. Le bon choix dépend du nombre de collaborateurs, du niveau de collaboration attendu et de la capacité à faire évoluer l’aménagement.

Comparer linéaire, rosace et marguerite

Les implantations classiques ne répondent pas aux mêmes besoins. Les comparer avant de commander le mobilier évite un plan séduisant sur écran, mais inconfortable au quotidien.

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Implantation Avantages Limites Cas d’usage
Linéaire Simple, lisible, efficace pour les grands plateaux Peut créer un effet couloir et favoriser les vis-à-vis répétitifs Équipes nombreuses, postes standardisés, circulation centrale
Rosace Favorise les échanges au sein d’un petit groupe Plus délicate à intégrer dans une pièce étroite Équipes projet, pôles créatifs, usages collaboratifs
Marguerite Crée des îlots identifiables et limite l’impression de masse Demande une bonne maîtrise des câbles et des circulations Services distincts sur un même plateau

Privilégier le bench sans oublier l’ergonomie

Le bureau bench est fréquent en open space parce qu’il optimise la surface et regroupe les collaborateurs par équipes. On le trouve souvent en configurations de 2, 4, 6 ou 8 personnes. Pour rester confortable, il doit intégrer des passages de câbles, des séparateurs si nécessaire, des sièges ergonomiques et une profondeur suffisante pour travailler avec écran, clavier, documents et effets personnels.

Le mobilier modulable devient particulièrement pertinent en flex office : tables mobiles, caissons, casiers, cloisons sur pieds, assises informelles. Il permet d’adapter le plateau à une réunion projet, une journée dense ou une organisation plus calme. Les rangements ne doivent pas être relégués à la fin du projet : casiers individuels, armoires basses et meubles de séparation participent à l’ordre visuel et à la sensation d’espace.

Traiter le bruit et la confidentialité dès la conception

Le bruit est l’irritant principal du travail en open space. Il ne vient pas seulement du volume sonore, mais aussi de la nature des sons : conversations intelligibles, sonneries, appels vidéo, déplacements, imprimantes, portes. Attendre l’installation pour corriger l’acoustique coûte souvent plus cher et donne des résultats moins homogènes.

Combiner absorption, séparation et organisation

Une bonne stratégie acoustique associe plusieurs leviers. Les panneaux acoustiques muraux ou suspendus absorbent une partie de la réverbération. Les cloisonnettes sur bureaux limitent la propagation directe de la voix. Les cloisons amovibles ou sur pieds créent des sous-zones sans fermer totalement le plateau. Les revêtements de sol, rideaux, fauteuils et éléments textiles peuvent aussi réduire la sensation de brouhaha ambiant.

L’organisation compte autant que le matériau. Les activités bruyantes doivent être placées à distance des postes de concentration. Les imprimantes et machines partagées gagnent à être regroupées dans une zone dédiée. Les espaces de passage ne doivent pas traverser les îlots de travail. Lorsque le niveau sonore est déjà problématique, un diagnostic phonique ou l’avis d’un bureau d’études peut aider à cibler les bonnes corrections.

Prévoir des lieux pour s’isoler sans quitter le bureau

La confidentialité ne signifie pas revenir au tout cloisonné. Elle suppose de proposer les bons refuges au bon moment : phone box pour les appels et visios, petite salle pour un entretien sensible, alcôve pour une tâche concentrée, zone de réunion rapide pour éviter les discussions debout entre deux postes.

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Ces espaces doivent être proches, visibles et simples à réserver ou à utiliser. Une phone box placée trop loin sera contournée ; une salle de réunion monopolisée pour des appels courts créera de la frustration. L’idéal est de mixer plusieurs formats pour absorber les pics d’usage sans bloquer tout le plateau.

Sécuriser le projet : conformité, budget et évolutivité

Un open space réussi doit aussi rester conforme et durable. Les obligations touchent notamment l’aération, l’éclairage, la sécurité, l’accessibilité, le bruit et les conditions de travail. Le Code du travail fixe un cadre général, tandis que l’INRS constitue une référence utile sur la prévention et l’aération des locaux de travail. Pour l’air neuf, le repère de 25 m³ par heure et par personne est souvent utilisé dans les locaux de bureaux.

Avant validation, il est utile de vérifier quelques points simples :

  • les postes disposent d’une surface suffisante et d’une circulation confortable ;
  • les écrans sont protégés des reflets et contre-jours ;
  • les activités bruyantes ne sont pas au centre des zones calmes ;
  • les collaborateurs ont accès à des rangements personnels ;
  • les appels, visios et échanges confidentiels ont des espaces dédiés ;
  • les solutions choisies peuvent évoluer avec les effectifs et le télétravail.

Côté budget, la meilleure approche consiste à hiérarchiser. Les postes ergonomiques, l’acoustique, la lumière et les circulations sont prioritaires, car ils conditionnent l’usage quotidien. La décoration, l’identité visuelle et certains mobiliers complémentaires peuvent ensuite renforcer l’adhésion, à condition de ne pas masquer des problèmes de fond.

Faire intervenir un space planner, un architecte d’intérieur tertiaire ou un spécialiste du mobilier peut être pertinent dès qu’il y a changement de locaux, rénovation d’un plateau, croissance rapide ou migration vers le flex office. Leur rôle n’est pas seulement de produire un beau plan 2D ou 3D : il est d’arbitrer entre surface, confort, réglementation, image de marque et usages réels. C’est cette cohérence qui transforme un plateau ouvert en espace de travail efficace, plutôt qu’en simple alignement de bureaux.

Éléonore Saint-Clair
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